Sommaire
- Résumé
- L'importance de la patate douce au cours de l'histoire
- Origine de la patate douce : ses origines et sa diffusion
- L'origine de la patate douce
- Comment la patate douce en est-elle venue à former des tubercules aussi gros ?
- Polyploïdie
- « Génie génétique » naturel
- Lubera cultive des patates douces
- Autres articles de notre blog de jardinage sur le sujet
Résumé
La patate douce est l'un des légumes-racines les plus importants au monde. Son origine fait débat : certaines découvertes indiquent qu'elle proviendrait d’Amérique du Sud, d’autres d’Inde. Issue des régions tropicales, elle s’est répandue sur tous les continents, de l’Amérique du Sud à l’Est de l’Asie, en passant par l’Europe, portée par sa résistance, sa valeur nutritive et sa remarquable capacité d’adaptation. En Amérique, elle fait depuis longtemps partie intégrante de la culture culinaire, tandis qu’elle est également très appréciée en Asie de l'Est. Elle doit ses énormes tubercules de réserve à la polyploïdie et à une transformation génétique naturelle opérée par une bactérie du sol. Plante nutritive, résistante à la chaleur et très rentable, la patate douce est aujourd’hui considérée comme un superaliment et une culture d’avenir – y compris pour les missions de la NASA. En Europe aussi, sa popularité ne cesse de croître. Chez Lubera, nous cultivons depuis plusieurs années des variétés parfaitement adaptées à nos climats. Notre série Sugarroot prouve qu’il est possible d’obtenir des tubercules savoureux et généreux même au nord des Alpes, y compris en cas de plantation tardive.
Photo : la série Sugaroot de Lubera, disponible dans la boutique sous la forme de kit d'autosuffisance appelé « All in one »...
L'importance de la patate douce au cours de l'histoire
La patate douce a, à plusieurs reprises, profondément marqué l’histoire de l’humanité. Il y a déjà 5 000 ans, cette plante nourricière a joué un rôle clé dans la sédentarisation des populations d’Amérique du Sud, notamment dans les régions arides de l’intérieur du continent. Sa résistance à la sécheresse et sa richesse nutritionnelle en faisaient une culture idéale pour garantir une alimentation régulière. Elle a ainsi permis aux populations de se nourrir de façon certes peu diversifiée, mais équilibrée et sans carences majeures.
En Chine aussi, la patate douce constitue depuis longtemps un aliment de base important. Au XVIIe siècle, sous la dynastie Qing, les autorités cherchaient une plante capable de pousser sur des sols pauvres et acides, et c’est la patate douce qui a répondu à leurs attentes. Grâce à elle, des régions jusque-là inhabitées de l’ouest du pays ont pu être mises en culture et peuplées. En un peu plus d’un siècle, la population de ces zones a été multipliée par cinquante, voire par cent dans certains cas.
Photo : Récolte de patates douces dans un champ en Chine.
Origine de la patate douce : ses origines et sa diffusion
La patate douce, l’une des plus anciennes plantes alimentaires cultivées par l’humanité, possède une histoire étonnante. D’une modeste plante grimpante, probablement proche parente du liseron des champs, elle est devenue l’une des cultures les plus précieuses pour l’homme. Comme le liseron, elle appartient à la famille des Convolvulacées, une famille dont les représentants sont généralement perçus comme de simples mauvaises herbes. Alors, comment une espèce sauvage de liseron a-t-elle pu évoluer au point de produire de gros tubercules nutritifs et de jouer un rôle aussi important dans notre alimentation ?
L’histoire de la patate douce conserve une part de mystère : ni son origine ni son âge exact ne sont formellement établis. On ignore encore si ce tubercule a été rapporté d’Amérique par les marins européens ou s’il provient à l’origine d’Asie. La découverte, dans l’est de l’Inde, d’un fossile vieux de 57 millions d’années appartenant à une plante de la famille des Convolvulacées pousse certains chercheurs à privilégier la piste asiatique.
On a longtemps supposé que la patate douce avait été domestiquée il y a environ 5 000 ans en Amérique du Sud, avant de se diffuser dans le monde entier à la suite de la conquête européenne. Mais cette théorie est aujourd’hui remise en question. Des recherches récentes ont montré que la patate douce occupait déjà une place centrale dans l’alimentation des peuples polynésiens, bien avant tout contact avec les Européens – notamment à Hawaï, sur l’île de Pâques ou encore en Nouvelle-Zélande. Jusqu’à peu, il manquait toutefois des preuves génétiques pour retracer précisément son origine et son itinéraire de diffusion. Des restes séchés, conservés dans un musée londonien et rapportés de Polynésie par le navigateur James Cook au XVIIIe siècle, ont récemment été analysés. Les résultats ont révélé que ces tubercules étaient cultivés dans les îles bien avant l’arrivée des Européens. Leur datation au radiocarbone indique qu’ils remontent à environ l’an 1000. Des analyses génétiques ont en outre confirmé leur origine andine, plus précisément de la région située entre l’Équateur et le Pérou. Autrement dit, les patates douces ont atteint la Polynésie quelque 500 ans avant la conquête de l’Amérique. Fait encore plus troublant : les similitudes linguistiques entre les noms de la patate douce en langues polynésiennes et andines laissent penser que des échanges transocéaniques ont pu avoir lieu bien avant les grandes explorations européennes. Le terme « kumara », utilisé en Polynésie pour désigner la patate douce, présente une ressemblance frappante avec le mot « kumar » en quechua, la langue des peuples andins. Cette proximité linguistique renforce l’hypothèse selon laquelle des échanges auraient eu lieu entre les habitants de la Polynésie et ceux d’Amérique du Sud, bien avant l’arrivée des Européens.
Mais comment ce tubercule a-t-il pu parcourir des milliers de kilomètres, des côtes sud-américaines jusqu’aux îles isolées de Polynésie, sans intervention humaine ? Les graines auraient-elles voyagé clandestinement dans le plumage d’oiseaux migrateurs ? Ou bien les Polynésiens disposaient-ils déjà, il y a plus de mille ans, de bateaux capables de traverser l’immensité du Pacifique ?
Quoi qu’il en soit, ce sont les Espagnols qui ont introduit la patate douce en Europe au XVIe siècle. Elle a ensuite voyagé à bord des navires colonisateurs, atteignant les Philippines et se diffusant progressivement en Asie du Sud-Est. Les marins portugais, eux, l’ont introduite au Japon, où elle est encore aujourd’hui très prisée.
L'origine de la patate douce
La patate douce est une plante hexaploïde, elle possède donc six jeux de chromosomes. Les chercheurs pensent qu’elle résulte d’un croisement entre deux plantes parentes : l’une diploïde (à deux jeux de chromosomes) et l’autre tétraploïde (à quatre jeux). Ce croisement aurait donné un descendant triploïde, dont le génome s’est ensuite doublé naturellement (un phénomène appelé polyploïdie) pour aboutir à l’hexaploïdie actuelle.
Au fil du temps, les tubercules sont devenus de plus en plus gros et sucrés. Dans les régions tropicales où l’humidité varie fortement, développer de grands organes de stockage est un atout pour la plante : ils lui permettent de résister aux longues périodes de sécheresse. De leur côté, les humains ont naturellement favorisé les variétés les plus sucrées, ce qui a conduit, au fil des sélections, à la patate douce que nous connaissons aujourd’hui : riche, sucrée et dotée d’énormes tubercules.
Comment la patate douce en est-elle venue à former des tubercules aussi gros ?
Beaucoup de parents sauvages de la patate douce ne produisent pas de véritables tubercules, mais seulement de fines racines de stockage. Et même parmi les variétés cultivées, certaines lignées donnent encore aujourd’hui des tubercules à peine plus gros qu’un crayon. Autrement dit, la domestication de cette plante n’est pas totalement achevée. Pourtant, cette plante grimpante modeste a donné naissance à la patate douce moderne, capable de produire des tubercules impressionnants. Le record mondial atteint même 37 kg ! Mais pourquoi forme-t-elle des tubercules aussi gros ? Deux facteurs principaux l’expliquent : d’abord, la polyploïdie, c’est-à-dire la multiplication des jeux de chromosomes ; ensuite, l’intervention d’un gène introduit naturellement par une bactérie du sol, qui stimule la formation de tissus de réserve.
Polyploïdie
La polyploïdie conduit généralement à des plantes plus vigoureuses, à croissance rapide, avec des fruits ou des tubercules plus volumineux. Autrement dit, des plantes plus productives. Comme ces caractéristiques correspondent aux attentes humaines (rendement élevé, taille, robustesse), la domestication a souvent favorisé les plantes polyploïdes. Le phénomène n’est donc pas rare : le blé, par exemple, possède 6 jeux de chromosomes, et les fraises en comptent même 8.
Photo: Les sugarroots sont des variétés polyploïdes avec des tubercules au très bon rendement.
« Génie génétique » naturel
Une autre explication à la formation de tubercules aussi gros réside dans une étonnante intervention de la nature elle-même. Une bactérie du sol, Agrobacterium, a inséré spontanément une partie de son ADN dans celui d’un ancêtre sauvage de la patate douce, probablement un liseron. Cette modification naturelle a déclenché une forte prolifération des tissus racinaires, donnant à la plante la capacité de produire de gros tubercules. La patate douce est ainsi une plante transgénique naturelle, apparue bien avant que l’homme ne maîtrise le génie génétique.
Cette bactérie est toujours bien présente dans nos sols. Elle infecte naturellement les plantes blessées et provoque une croissance excessive au niveau des racines. Ce mécanisme a été détourné par les chercheurs en biotechnologie pour introduire de nouveaux gènes dans les plantes cultivées. Grâce à elle, des variétés transgéniques de soja, coton, betterave sucrière, colza, maïs ou blé ont pu être créées. Mais la patate douce, elle, est un cas à part : elle a subi cette transformation naturelle il y a des milliers d’années et a été adoptée par l’homme bien avant l’apparition du génie génétique moderne.
Lubera cultive des patates douces
Chez Lubera, cela fait plusieurs années que nous sélectionnons des variétés de patates douces adaptées au climat d’Europe centrale, et cela, sans recourir aux OGM. Grâce à ce travail, nous avons déjà mis au point plusieurs cultivars capables de produire de beaux tubercules bien formés et savoureux, même sous des latitudes moins tropicales. J’ai moi-même testé l’année dernière la série Sugarroot dans mon jardin à Vienne. Plantées seulement fin juin, les patates douces ont eu le temps de développer de gros tubercules avant la récolte d’octobre. Leur chair sucrée et parfumée a même conquis ma femme – pourtant originaire de Chine, elle qui trouve généralement les patates douces des supermarchés bien trop fades…
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